Sept objections majeures sautent aux yeux

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Sept objections majeures sautent aux yeux :

 

1- Les promoteurs ne sont pas dignes de confiance

À la page v du document, on mentionne que « Les centrales nucléaires canadiennes fournissent depuis des décennies une énergie propre,… ». Puis, à la page vii, on explique que le projet en tant que tel « permettrait de confiner et d'isoler environ 5,9 millions d'assemblages de combustible irradié », ce qui représente approximativement 112 750 tonnes de métaux lourds irradiés et hautement radioactifs. Ces déchets contiennent une grande variété de substances radioactives qui sont dangereuses pour les êtres vivants. Un des isotopes les plus célèbres qu’on trouve dans ces grappes de combustible usé est le plutonium 239. Faut-il rappeler que du plutonium canadien a été utilisé dans la bombe qui a détruit la ville de Nagasaki en 1945? Le fait de dire à la page v du document que l’énergie nucléaire est propre et de préciser à la page vii qu’elle générera au Canada 112 750 tonnes de métaux lourds hautement radioactifs (et potentiellement destructeurs) est d’une incohérence sidérante.

À la page iv du document, on trouve la liste de douze spécialistes et gestionnaires qui ont préparé, révisé, approuvé et accepté ce document, ce qui inclut cette erreur de logique flagrante. Ceci permet de conclure que les promoteurs semblent disposés à présenter tous les arguments possibles, aussi incongrus soient-ils, pour défendre ce projet, tout en dissimulant les aspects négatifs qui pourraient lui porter ombrage. Ils n’ont donc ni la capacité de réflexion ni l’objectivité requises pour gérer ce projet, alors qu’il serait primordial de protéger la sécurité du public et de l’environnement en toute transparence.

 

2- Le (ou les) objectif(s) sont inatteignable(s)

Le document présente en deux endroits l’objectif du projet, mais il s’agit de deux objectifs différents. Ces objectifs ressemblent étrangement à des slogans publicitaires ou à des crédos d’une secte pronucléaire. Aucun des deux n’est atteignable en pratique, mais ils permettent aisément de se projeter dans un univers de licornes :

a- À la page viii, on mentionne que : «  L'objectif du Projet est de garantir la gestion sûre à long terme du combustible nucléaire irradié afin qu'il ne présente aucun risque pour la santé humaine ou l'environnement. »

On parle de garantir, pour 160 ans. Un grand poète québécois dirait « vaut mieux en rire de que pleurer ». Une automobile, qui est un des objets technologiques les plus évolués de la planète, est garantie pour 3 ou 5 ans. Comment croire qu’on peut garantir une nouvelle technologie d’enfouissement pour une durée de 160 ans? C’est tout simplement délirant.

De plus, même une simple bouteille en plastique comporte des risques pour la santé humaine ou l’environnement. Et on veut nous faire croire que ce projet permettra de stocker 112 750 tonnes de déchets nucléaires radioactifs afin qu’ils ne présentent aucun risque pour la santé humaine ou l’environnement? Quelle personne sensée peut croire à un tel énoncé?

b- À la page 20, on mentionne que : «  Le Projet a pour objectif de fournir une solution permanente, sûre et respectueuse de l'environnement pour la gestion de tout le combustible nucléaire irradié du Canada. »

Les déchets nucléaires seront radioactifs pendant, disons, une durée qui s’approche de l’éternité, alors que le projet couvre une période de 160 ans; la solution est donc très loin d’être permanente. On présente de plus la solution comme étant sûre et respectueuse de l’environnement : en se basant sur quoi? La solution est sûre tant qu’elle est vendue par des promoteurs convaincus, mais tout le monde sait qu’elle comporte des risques énormes. Et respectueuse de l’environnement? Comment peut-on dire que le fait d’enfouir 112 750 tonnes de déchets nucléaires radioactifs est une solution respectueuse de l’environnement? On nage ici en pleine religion pronucléaire.

Évidemment, aucun de ces deux objectifs n’est atteignable en pratique.

Quel est le véritable objectif du projet? Soutirer indirectement le plus d’argent possible au trésor public et aux contribuables? Faire travailler inutilement des centaines d’employés hautement salariés pendant des décennies? Pelleter le problème des déchets nucléaires à nos descendants?

Le projet est donc, avant même qu’il soit débuté, voué à l’échec, puisqu’il est impossible qu’il atteigne ses objectifs totalement utopiques. Pour croire au succès de ce projet, il faut absolument être submergé par la foi pronucléaire.

 

3- Le budget n’est pas présenté

À la page 52, on mentionne que « Les autorités fédérales n'apportent aucun soutien financier au Projet. »

À la page 65, on mentionne que : « De plus, bien que la SGDN soit une entité réglementée au niveau fédéral par la CCSN, elle n'est pas un organisme ou une autorité fédérale. Il s'agit plutôt d'un organisme sans but lucratif mandaté par le gouvernement fédéral en vertu de la LDCN pour gérer les déchets nucléaires du Canada. La SGDN est entièrement financée par l'industrie nucléaire. »

Toutefois, le gouvernement du Canada et certains gouvernements provinciaux subventionnent et encouragent financièrement l’industrie nucléaire.

Donc, si on résume la situation, les contribuables donnent de l’argent aux gouvernements, qui eux subventionnent l’industrie nucléaire, et qui quant à elle finance la SGDN. Le présent projet est donc indirectement financé par les contribuables et par les autorités fédérales, ce que ne dévoile pas la phrase de la page 52. Pourrait-on en conclure qu’il n’est pas nécessaire de faire appel à un comptable si on dispose d’un bon prestidigitateur?

Un budget détaillé est un des éléments essentiels de la planification et du suivi d’un projet. Où est le budget? Comment est-il découpé? Et combien cela coûtera-t-il indirectement aux contribuables? Il serait raisonnable de qualifier les sommes requises de potentiellement pharaoniques et d’exiger un plan de projet comportant une planification financière complète.

L’absence d’un budget dans la présentation d’un projet est une lacune inacceptable.

 

4- L’échelle de temps du projet est doublement absurde

À la page v, on mentionne que « Le Projet devrait s'étendre sur environ 160 ans, y compris la préparation du site, la construction, l'exploitation (environ 50 ans), le déclassement et la fermeture, ainsi que la surveillance après la fermeture ».

Cette durée est à la fois trop courte et trop longue :

a- trop courte : la demi-vie du plutonium 239 est d’environ 24 130 ans. On calcule qu’après une durée approximative de sept fois la demi-vie d’un isotope, il reste moins de 1 % (plus précisément, 1/128) des atomes radioactifs initiaux. Dans le cas du plutonium 239, il s’agirait donc d’attendre environ 168 000 ans pour atteindre cette cible. Il faudrait évidemment faire ce calcul pour tous les isotopes que l’on retrouve dans les déchets d’origine et pour tous ceux créés lors des désintégrations subséquentes afin d’évaluer adéquatement la dangerosité des déchets en fonction du temps, ce qui est très complexe. Mais on voit tout de suite que la durée de 160 ans est beaucoup trop courte pour assurer la sécurité du public et de l’environnement.

b- trop longue : si on remonte de 160 ans dans le temps, on se retrouve en 1866, alors que la fédération canadienne n’existait même pas. Depuis cette époque, l’humanité a connu diverses épidémies (peste, choléra, grippe espagnole, covid, etc.), deux guerres mondiales et une multitudes d’autres guerres, des réorganisations géopolitiques majeures et d’importantes crises économiques. Il est parfaitement utopique de penser qu’un projet humain qui n’a d’autre objectif que d’enfouir des déchets pourra se réaliser sans encombre pendant 160 ans. Que se passera-t-il s’il y a une épidémie majeure, une guerre mondiale, un coup d’état réalisé par un voisin géographique à l’ambition démesurée, une scission du Canada, un bouleversement informatique imprévu? Comment peut-on, sérieusement, croire que tous les gouvernement et les partis politiques qui vont se succéder auront à cœur, pendant 160 ans (si chaque parti demeure au pouvoir pendant 4 ans, on parle de 40 gouvernements différents), de superviser adéquatement ce projet?

En général, plus un projet dure longtemps et plus on augmente les probabilités de ne pas atteindre les objectifs, de dépasser les coûts et de déborder l’échéancier prévus à l’origine. Il est donc tout à fait raisonnable et prudent de prévoir que le projet de dépôt géologique en profondeur (dont la durée est de 160 ans!) a toutes les chances d’être un échec complet : il n’atteindra pas ses objectifs, tout en dépassant les délais et les coûts prévus.

 

5- La responsabilité du projet à moyen et long terme ne pourra pas être assumée

Qu’en sera-t-il de la responsabilité du projet à moyen et long terme, c’est-à-dire dans 10, 20, 50 ou 100 ans? Que se passera-t-il s’il y a un problème de conception, un problème technique, un problème de fournisseur, un problème de financement, un incident nucléaire ou autre? Qui sera responsable alors que la plupart d’entre nous serons décédés? Vers qui pourront se tourner nos descendants pour demander des comptes et des rectifications au besoin? Personne ne peut l’imaginer ni le prévoir et il est probable que toute hypothèse d’aujourd’hui à ce sujet s’avérera fausse demain.

 

6- Les risques associés au transport sont beaucoup trop élevés

Aucun moyen de transport n’est parfaitement sécuritaire. Régulièrement, des avions s’écrasent, des trains déraillent (l’accident ferroviaire de Lac-Mégantic en 2013 en est un triste exemple) et des camions sont impliqués dans des carambolages. Parfois aussi, une navette spatiale explose en plein vol.

À la page vii, on mentionne que « Le Projet ne comprend pas : le transport du combustible irradié depuis les sites des réacteurs jusqu'au Projet au-delà des routes d'accès primaires et secondaires du site du Projet, car celui-ci est réglementé séparément dans le cadre de la certification de la CCSN et utilise les infrastructures de transport existantes ».

Il semble s’agir là, encore une fois, d’une tactique pour mieux faire avaler la pilule du projet aux autorités et aux citoyens. Les risques associés à un possible incident au moment du transport de 112 750 tonnes de déchets hautement radioactifs sur les routes du Canada, sur une période d’une cinquantaine d’années (selon le calendrier prévisionnel de la page 31), sont évidemment beaucoup trop élevés. Il est donc facile de comprendre pourquoi le promoteur préfère ne pas inclure cet aspect dans son projet.

Le risque trop grand associé au transport des déchets radioactifs est d’ailleurs un argument utilisé par la Société de gestion des déchets nucléaires elle-même sur sa page d’information au sujet du combustible nucléaire irradié canadien (https://www.nwmo.ca/fr/Canadas-used-nuclear-fuel) : « Questions connexes : Ne pourrait-on pas envoyer le combustible nucléaire irradié dans l’espace? Non. Au cours d’un dialogue mené pendant trois ans avec des experts et le public sur les solutions possibles de gestion à long terme, l’évacuation du combustible nucléaire irradié dans l’espace a été l’une des options d’intérêt limité que nous avons éliminées. L’évacuation dans l’espace a été écartée comme solution parce qu’il s’agit d’un concept non éprouvé, qui n’est mis en œuvre nulle part dans le monde et qui ne fait partie d’aucun plan national de recherche-développement. Les inquiétudes concernant les risques d’accident et les risques pour la santé humaine et l’environnement ont notamment été amplifiées par les accidents des navettes spatiales américaines Challenger et Columbia. »

Pourquoi le risque d’accident n’interviendrait-il pas uniformément dans le raisonnement de la Société de gestion des déchets nucléaires? Il y a certainement eu plus de déraillements de trains et d’accidents de camions que d’incidents avec des navettes spatiales dans l’histoire de l’humanité. Par quelle forme de logique peut-on conclure qu’il est trop risqué d’envoyer du combustible nucléaire irradié dans l’espace, mais qu’il est sécuritaire de le transporter par train ou camion? La seule explication plausible est peut-être qu’il faut avoir la foi pronucléaire.

 

7- Les gouvernements n’ont pas de stratégie pour sortir de la filière nucléaire

À la page vii du document, on mentionne que : « Le Projet permettrait de confiner et d'isoler environ 5,9 millions d'assemblages de combustible irradié, soit le stock total prévu de combustible nucléaire irradié qui devrait être produit au Canada par le parc actuel de réacteurs jusqu'à la fin de leur durée de vie, comme indiqué dans le rapport de 2024 de la SGDN sur les projections relatives aux déchets de combustible nucléaire (SGDN, 2024). Cette projection est basée sur les plans publiés de remise à neuf et de prolongation de la durée de vie des réacteurs de Darlington et de Bruce, ainsi que sur la poursuite de l'exploitation des réacteurs de Pickering A (jusqu'à la fin de 2024) et de Pickering B (jusqu'à la fin de 2026), et sur les hypothèses utilisées par la SGDN à des fins de planification. »

Toutefois, en octobre 2025, Ottawa et l’Ontario annonçaient la construction de 4 nouveaux réacteurs nucléaires (https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2201625/darlington-nucleaire-reacteur-opg-ontario). Qu’en est-il des déchets qui seront produits par ces centrales, qui ne font pas partie de l’inventaire considéré par le projet? Et de ceux générés par d’autres hypothétiques centrales à venir? Ou de ceux que le gouvernement pourrait importer d’autres pays?

Les gouvernements qui se succèdent créent, recréent et amplifient sans cesse le problème des déchets nucléaires, sans aucune intention de mettre fin à ce gâchis. La seule décision qui permettrait de limiter ce désastre écologique serait d’abandonner la filière nucléaire, ce qui inclurait entre autres d’arrêter d’extraire de l’uranium, de ne plus construire de nouvelles centrales nucléaires et de ne jamais importer de déchets nucléaires en provenance d’autres pays. Malheureusement, aucun décideur ne semble avoir la clairvoyance requise pour aller dans cette direction.

Avant même que le projet ne soit débuté, nous comprenons déjà que le dépotoir prévu ne pourra pas entreposer tous les déchets nucléaires du Canada. Sans une orientation claire concernant la dénucléarisation du pays, le problème des déchets radioactifs est donc loin d’être réglé.

De toute façon, un dépôt géologique en profondeur ne sera jamais une bonne solution pour les déchets nucléaires; cette avenue beaucoup trop risquée ne sert en réalité qu’à pelleter les problèmes créés par les décideurs d’aujourd’hui jusqu’à une époque où ils seront tous morts et n’auront pas à en assumer les funestes conséquences.

 

Conclusion :

À mon avis, ces arguments suffisent amplement à justifier de ne jamais autoriser le Projet de dépôt géologique en profondeur (DGP) pour le combustible nucléaire irradié du Canada. On dirait que la « description initiale du projet » cherche à dissimuler les véritables enjeux liés à la gestion des déchets nucléaires, afin de pouvoir obtenir les autorisations requises, dépenser des montants obscurs (mais potentiellement faramineux) et perpétuer la folie nucléaire, sans se soucier de la sécurité du public et de l’environnement. Il s’agit malheureusement d’un projet typique de l’industrie nucléaire, qui mise sur la complaisance aveugle des autorités et sur des rêves éveillés plutôt que sur la transparence et sur des arguments objectifs.

Submitted by
Miguel Deschênes
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Planning
Public Notice
Public Notice - Comments invited on the summary of the Initial Project Description and funding available
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Date Submitted
2026-01-18 - 3:20 PM
Date modified: